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PLAN EMPLOI JEUNES : UNE SOLUTION POUR DES BRUXELLOIS PAR DES BRUXELLOIS ?

Inutile d'épiloguer longuement : le chômage est un fléau à Bruxelles. En particulier pour les jeunes et surtout pour les moins qualifiés. En effet, les chiffres de 2006 sont clairs et sans appel. Taux de chômage des moins de 25 ans : 17,2% en Europe, 20,5% en Belgique et 35,3% à Bruxelles . Sans appel, nous vous le disions. Alors, que faire ? Espérer qu'ils décrochent un emploi en vieillissant. Rien n'est moins sûr. C'est pourquoi, la Région de Bruxelles-Capitale a décidé de prendre le taureau par les cornes. Le Ministre-Président, Monsieur Charles Piqué, et le Ministre de l'emploi, Monsieur Benoît Cerexhe, proposent un Plan pour l'emploi spécifiquement pour les jeunes bruxellois.

Vial Grösser Tatiana Vanessa

Rappelons que la première proposition n'avait pas contenté les partenaires sociaux. Tout le monde a remis le couvert afin d'en établir une seconde. Voici une présentation des principaux aspects qui toucheront l'ISP et l'ESI.

MAIS POURQUOI TANT DE CHOMAGE ?

Premièrement, le Plan épingle une série de causes à ce faible taux d'emploi (pas toujours spécifiques aux jeunes) :

  • Le manque d'expérience.
  • L'échec scolaire et la dualisation scolaire.
  • Les exigences en terme de qualification.
  • Les exigences en terme de connaissance linguistique.
  • La pression concurrentielle très élevée sur le marché du travail bruxellois avec des employeurs qui recrutent fréquemment en dehors des frontières régionales.
  • La recomposition de l'emploi à Bruxelles due à la désindustrialisation et à la délocalisation.
  • La discrimination à l'embauche : ainsi l'obtention d'un diplôme de l'enseignement secondaire supérieur ou de l'enseignement supérieur représente un avantage moindre pour un jeune issu de l'immigration .
  • Des facteurs personnels.
  • Des facteurs démographiques particuliers puisque les plus jeunes augmentent plus à Bruxelles qu'ailleurs, créant malgré eux une plus grande concurrence.
  • Une faible prise en compte par les mesures fédérales de la problématique des grandes villes : les mesures de prépension, les interruptions de carrière et le chômage temporaire concernent moins les Bruxellois qui les utilisent proportionnellement moins que les autres régions.

QU'A-T-ON DEJA PROPOSE ?

Le plan fait ensuite référence aux mesures déjà prises en la matière :

  • Le Contrat de Projet Professionnel. Cependant, ce dispositif induit des effets négatifs sur l'ISP (manque de motivation, demandes croissantes de certificats ou autres preuves et donc accroissement du travail administratif, etc.).
  • Le développement des Formations Professionnelles Individuelles qui en 2005 toucha 370 jeunes.
  • Le tutorat en entreprise.
  • Le développement des conventions premier emploi avec le programme 100 jeunes ;
  • La création d'un bureau social de l'intérim.
  • Renforcement des équipements dans les écoles techniques et professionnelles.
  • Le développement des Centres de références .
  • Pérennisation des PTP .
  • Les jeunes comme groupe cible prioritaire des plans de diversité.
  • Développement des Titres-Services .

En «?entrée latérale?», les candidats présentent l'épreuve de fin de module ou d'action de formation précédent, au même titre que le groupe engagé dès le début dans la filière. Les partenaires décident ensemble de l'organisation d'entrées latérales, de modules ou de stages... Ils doivent définir en commun leurs objectifs en termes de mise à l'emploi, de fluidification des parcours et des résultats attendus chez chacun.

Les filières sont constituées d'unités de formation, à savoir de modules et de séquences dont les liens chronologiques et la durée sont définis au préalable dans le référentiel de formation. Selon le Comité d'accompagnement Thésée «?le découpage des formations en unités restreintes, porteuses d'objectifs de formation précis évalués séparément, permet la comparaison et la mise en correspondance des objectifs visés (les compétences) par chaque unité?». Elle permet des passerelles horizontales entre opérations de formation.

Réussir signifie pour les partenaires du projet Thésée : maîtriser les compétences-clés minimales, définies dans les programmes de formation, nécessaires pour

accéder au terme de la filière au seuil d'embauche défini par le Consortium4.La décision est exprimée en termes binaires : maîtrise ou non maîtrise d'une compétence. Dans une logique de filières, réussir est bien la condition sine qua none pour bénéficier d'une entrée vers le module suivant.

QUOI DE NEUF SOUS LA PLUIE ?

Le Plan ne veut pas simplement modeler des mesures existantes en tenant compte des spécificités des jeunes. L'objectif est plus ambitieux puisqu'il s'agit de développer des mesures ciblées sur les jeunes en s'attaquant aux causes de leur chômage en Région de Bruxelles-Capitale. Résultat, un plan en 5 axes :

  • Multiplier les expériences professionnelles.
  • Lutter contre la dualisation scolaire.
  • Améliorer les compétences des chercheurs d'emploi.
  • Renforcer l'accompagnement des demandeurs d'emploi.
  • Développer l'emploi pour les peu qualifiés.

MULTIPLIER LES EXPERIENCES PROFESSIONNELLES

  • Le stage en entreprise est une priorité, le plan prévoit un accroissement annuel de 1000 places pour parvenir à un total de 10 000 places. Il faudra rester attentif à ce que le stage ne devienne pas un travail non rémunéré.
  • Le partenariat JEEP sera renforcé afin d'atteindre 1 500 jeunes touchés par an. Néanmoins, il semble que les missions seront quelque peu modifiées puisque JEEP devrait « se concentrer davantage sur une information relative aux métiers porteurs et le parcours permettant d'y accéder ». Ce serait dénaturer, réduire et appauvrir l'action JEEP qui offre une information générale concernant l'emploi et la formation.
  • Développer les bureaux d'intérim sociaux et les évaluer ;
  • Utiliser les programmes de résorption du chômage en lançant 100 nouveaux postes PTP réservés aux jeunes.
  • Favoriser la mise en réseau pour impulser des partenariats locaux. Ce rôle, déjà joué par les Missions Locales, sera renforcé.

LUTTER CONTRE LA DUALISATION SCOLAIRE

Le public de l'ISP  étant constitué de celles et ceux qui ont subi les dégâts de la dualisation scolaire ; l'ISP ne peut qu'applaudir toute mesure allant à l'encontre de celle-ci.

  • Cette lutte valorisera l'enseignement et la formation en alternance. Ainsi, le partenariat avec ACTIRIS sera renforcé afin d'assurer une supervision plus proche des stagiaires. Bonne nouvelle, le plan prévoit que l'effort financier régional sera « considérablement augmenté ».
  • Le développement des Centres de référence professionnelle permettrait de lutter contre le manque de qualification des jeunes bruxellois.

AMELIORER LES COMPETENCES DES DEMANDEURS D'EMPLOI

  • Les propositions de formation seront systématisées pour les jeunes ne possédant pas de diplôme. Afin d'être réellement efficace, cette mesure devrait être couplée à un financement plus important des formations afin d'augmenter l'offre. Aujourd'hui, l'offre de formation est insuffisante et les demandeurs d'emploi doivent souvent attendre de longs mois avant d'obtenir une place.
  • Plusieurs mesures seront également prises pour corriger la sous-représentation des jeunes dans les entreprises publiques (préparation aux examens du Selor, etc). Aussi, l'apprentissage des langues sera également favorisé.

RENFORCER L'ACCOMPAGNEMENT DES DEMANDEURS D'EMPLOI

Actuellement, plus d'un demandeur d'emploi sur deux ne signe pas de contrat de projet professionnel (CPP), ACTIRIS devra les y inciter davantage. De plus, les jeunes de moins de 25 ans sous CPP seront suivis intensivement, l'objectif étant d'atteindre au moins un entretien par mois. Ceux ayant signé un CPP de recherche autonome seront suivi tous les 15 jours afin d'établir un bilan de leur situation et de leur proposer des offres sélectionnées par ACTIRIS.

DEVELOPPER DE L'EMPLOI POUR LES PEU QUALIFIES

Nous le savons, Bruxelles offre un grand nombre d'emplois mais essentiellement pour des postes très qualifiés. Il est donc vital pour le public de l'ISP que l'offre d'emploi soit revue à la hausse. Pour ce faire, le plan propose... une vaste campagne d'information en direction des employeurs bruxellois et des demandeurs d'emploi. Aucune autre précisions sur ce volet.

ALORS, DES EMPLOIS SOUS LA PLUIE ?

Remettons les choses en perspectives, en 2007, l'OCDE  avait établi un rapport et quelques suggestions concernant l'emploi des jeunes dans notre région. Cette publication avait engendré de nombreuses réactions dont une de l'IRES . Concernant l'enseignement et la formation, l'OCDE plaidait pour une revalorisation de l'enseignement en alternance (le stage y a bonne cote). Concernant l'assurance-chômage et l'activation, l'OCDE proposait de supprimer à terme l'accès à une allocation d'assurance-chômage pour les jeunes sans expérience professionnelle (que diable, faisons plus appel à la « solidarité familiale » !) et un accompagnement immédiat des jeunes en décrochage scolaire. Enfin, la coexistence de contrats de travail bien protégés contre le licenciement et d'autre mal protégés engendre une dualisation du marché de l'emploi, Dans ce cadre, l'OCDE consacre l'idée d'un type unique de contrat. Nivellement par le bas ou par le haut... Je vous laisse deviner...

Allons bon, nous avons évité le pire !