2001: DES ENJEUX DE L'ETAT SOCIAL ACTIF AUX CHOIX DE L'INSERTIONSOCIOPROFESSIONNELLE

La quatrième journée d'étude a tenté de circonscrire la nature « des enjeux de l'Etat social actif aux choix de l'insertion socioprofessionnelle», son idéologie et la manière dont les politiques « actives » d'emploi belges relevaient oui ou non de ce concept. Les intervenants du jour ont fait le point sur un hypothétique Etat social actif dans sa version asservissante et émancipatrice, et ses répercutions sur le système de protection sociale des individus bénéficiant du revenu d'intégration ou d'une allocation de chômage? Comment s'approprier le nouvel axiome: «Pas de droits sans devoirs, de chances d'insertion sans responsabilités à assumer»? L'activation des politiques sociales a été identifié comme un réel défi pour les partenaires de l'insertion et de la formation professionnelle.

L'ETAT SOCIAL ACTIF ET LA "TROISIEME VOIE"

La salle de la journée d'études 2001
La salle de la journée d'études 2001

Qu'est-ce que l'Etat social actif? En quoi s'oppose-t-il à l'Etat social né au XIXe siècle et désormais qualifié de passif?

Quels rapports avec le concept de «troisième voie» prôné par les néo-travaillistes anglais?

Les politiques « actives » d'emploi belges: en quoi relèvent-elles de ce concept d'Etat social actif? Est-ce la même idéologie qui est ici à l'oeuvre?

Quelles en sont les conséquences pour l'Insertion SocioProfessionnelle? N'en arrive-t-on pas à un paradoxe: renforcement d'un système par des acteurs sociaux qui ont pour objectif d'en pallier les déficiences. On pourrait se poser la question impertinente de savoir si l'existence du système n'est pas la condition de persistance du dispositif.

Telles sont les questions auxquelles la 4e journée d'étude de la FeBISP a tenté de répondre à travers différents thèmes dont nous vous proposons les tendances ci-dessous.

THEMES

L'ETAT SOCIAL ACTIF : EMERGENCE D'UN CONCEPT (OU DE L'ETAT SOCIAL PASSIF A L'ETAT SOCIAL ACTIF)

Bernard Conter, Gabriel Maissin, Philippe Van parijs et Bernard Fusilier
Bernard Conter, Gabriel Maissin, Philippe Van parijs et Bernard Fusilier

D'où vient la notion d'ESA, comment a-t-elle émergé? Cette notion n'est pas née du vide. Elle est, d'une certaine manière, issue d'un contexte historique précis. Chronologiquement, elle fait suite à une certaine conception de l'Etat-Providence qui atteint son apogée durant les années 1960.
Economiquement et socialement parlant, l'Etat-Providence a produit plus ou moins 23 millions de chômeurs et fait l'objet aujourd'hui d'une perte de légitimité sans précédent.
La perte de légitimité de l'Etat-Providence peut ainsi s'analyser en termes de perte de cohésion sociale et de remise en cause de la place du travail salarié dans nos sociétés occidentales en tant que support privilégié d'inscription dans la structure sociale (Robert Castel).

Entre précarité économique et instabilité sociale s'installe un parcours de désaffiliation de pans entiers de la population. Et de la désaffiliation à la criminalisation de la misère et à l'enfermement des pauvres, il n'y a qu'un pas que certains franchissent aujourd'hui (notamment aux USA).

Entre émergence de l'Etat social actif et nouvelle question sociale (et même salariale), il y a un lien à considérer dans toute sa réalité.

ETAT SOCIAL ACTIF: ESSAI DE DEFINITION ET IMPACT PRATIQUE

Patrick Feltesse, Frédérique Mawet et Michet Colson
Patrick Feltesse, Frédérique Mawet et Michet Colson

Avec la perte de légitimité croissante de l'Etat-Providence, d'autres voies sont recherchées entre les catégories politiques classiques de «gauche» et de «droite». Une «troisième voie», née en Grande-Bretagne dans les milieux travaillistes (voir notamment Anthony Giddens, conseiller de Tony Blair), entérine et accepte une situation dite de fait: la mondialisation, la globalisation. Elle ne veut pas changer cet état de choses mais en prend acte pour prôner une manière plus adaptée pour y faire face.

L'individu est ici sommé de prendre ses responsabilités, de faire preuve d'initiative et de compétence. Il s'ensuit que le recours à l'assistance de l'Etat-Providence moribond et qualifié de passif doit être le plus parcimonieux possible. Le système d'assurances sociales fondé sur la socialisation du salaire est, implicitement et parfois explicitement, remis en cause, notamment par un glissement vers une « fiscalisation » des risques sociaux.

Ainsi, et dans les grandes lignes, la « troisième voie » met l'accent sur les « devoirs » des individus et met en place un système basé sur un faible niveau de redistribution sociale.
Dans cette optique, l'éducation et la formation tout au long de la vie sont fortement encouragées puisque chacun est sommé de s'adapter sans cesse à un monde qu'on ne changera pas, soyons-en certains.

«Pas de droits sans devoirs, de chances d'insertion sans responsabilités à assumer».

Quels sont les liens entre cette «troisième voie» et l'émergence dans de nombreux pays européens, dont la Belgique, de politiques «actives» ?
De nouvelles références en matière de politique de l'emploi et de la formation prennent forme dans la mouvance de ces politiques «actives»: que sont ces politiques sous influence?
Quels sont leurs enjeux? leurs conséquences prévisibles et invisibles?

L'ETAT SOCIAL ACTIF: DE LA PHILOSOPHIE POLITIQUE A LA MORALISATION CITOYENNE

André Thiry
André Thiry

La notion d'Etat social actif a également un impact au niveau de la philosophie politique. C'est une manière d'envisager la société et les rapports sociaux qui est mise en avant à travers ce concept et les enjeux qui s'en dégagent.

D'un côté, nous avons la Démocratie sociale, expression politique de l'Etat social passif, basée sur une forte intervention de l'Etat dans la vie sociale et économique, l'aspiration au plein emploi et à une société plus égalitaire où la protection individuelle est assurée tout au long de la vie. De l'autre côté, le néo-libéralisme pur et dur.

Et enfin, la « troisième voie » qui considère qu'un Etat fort mine l'initiative individuelle et milite pour une société civile autonome où les inégalités sont acceptées. Elle prône l'égalité des chances, le fondamentalisme du marché et la libération du contrôle de l'Etat.
Par-delà cette conception, on voit poindre une nouvelle forme de « moralisme » quelque peu autoritaire qui fait porter la responsabilité de la pauvreté, du chômage sur les individus perçus comme trop peu «activistes», volontaires dans la recherche d'un emploi, par exemple. D'où l'idée sous-jacente que seules les personnes qui «cherchent vraiment à s'en sortir», qui mènent une politique personnelle active de recherche d'emploi, devraient avoir accès aux droits sociaux.

L'ETAT SOCIAL ACTIF: UNE DECLINAISON DE POLITIQUES

Pierre Devleeshouwer et Anne Loontje
Pierre Devleeshouwer et Anne Loontje

L'Etat social actif peut se conjuguer et se décliner à travers les politiques concrètes mises en oeuvre par les gouvernements:

les politiques actives de l'emploi en Belgique et leurs conséquences sur les mécanismes d'insertion;
les questions liées à la protection sociale: sécurité sociale, CPAS, etc.;
l'identité des publics en formation: comment ils sont vus et comment ils se voient. Qu'en est-il de l'écueil de la stigmatisation et de la moralisation?
Une panoplie de questions abordées lors de cette journée d'étude.

POUR EN SAVOIR PLUS