2002: LES DISCRIMINATIONS A L'EMBAUCHE

La cinquième journée d'étude était consacrée aux discriminations à l'embauche et aux discriminations dans le parcours d'insertion. Parmi les catégories de population exclues avec lesquelles les associations travaillent, certaines le sont plus encore que d'autres, vu leur statut, leur couleur de peau, leur accent, leur nationalité...

INTRODUCTION

L'insertion socioprofessionnelle est, en soi, un dispositif d'actions positives, qu'on nomme aussi ?discriminations positives?. Ces mots sont-ils appropriés, et d'abord d'où viennent-ils ?
Y a-t-il équation entre discriminations et discriminations positives ?
Tous les Belges sont égaux devant la loi et pourtant? Des discriminations ?ethniques? existent sur le marché de l'emploi : comment les repérer dans les statistiques, quels sont les critères de repérage corrects ? Répondre par des discriminations positives, n'est-ce pas stigmatiser ?
Et ?ailleurs?, dans la Communauté européenne, que font-ils et comment ? Quels sont leurs repères éthiques ? Quels sont les nôtres ?
Les discriminations à l'embauche, dernière étape du parcours d'insertion, pèsent en cascade sur nos actions, nos choix, nos sélections. Quel est ce poids ? Les employeurs ne sont-ils pas eux aussi sous influence ?
Que font ?les autres? et comment faisons-nous, nous, pour répondre à ces interrogations ? Quels sont leurs outils (juridiques, conventionnels, judiciaires, pédagogiques) et quels sont les nôtres ?

DISCOURS D'OUVERTURE

Suzanne Beer
Suzanne Beer
Le thème de la journée est à première vue tarte à la crème : à deuxième vue, il n'est ni tarte, ni crème. Il n'est pas tarte parce que finalement peu de colloques abordent de front le difficile sujet des discriminations en raison de la nationalité ou de l'origine.
Le sujet n'est pas crème non plus parce que notre journée va nous remettre en question. Nous allons aussi nous regarder fonctionner : y a-t-il des discriminations dans le parcours d'insertion, et particulièrement dans nos associations ? Nous le ferons sans culpabilisation, sans auto-flagellation, mais avec le plus d'objectivité possible.

Mais avant cela, comment en sommes-nous venus à traiter ce thème aujourd'hui ? Vous savez que nous avons à la FeBISP des groupes de travail. L'un d'eux s'est mis en route depuis près de deux ans sur le thème des "réfugiés", ou plus exactement sur le thème des populations nouvelles arrivées dans le parcours d'insertion suite à la procédure de régularisation. Nous voulions étudier comment faire. Comment faire avec ces personnes au statut peu connu de nous, aux difficultés particulières au plan administratif, pécunier, culturel... De fil en aiguille (David Cordier en parlera plus longuement cet après-midi) le thème de leur discrimination généralisée (à l'embauche, à l'entrée en formation, à l'aide sociale...) est apparu de façon très forte. Si forte que finalement nous avons pensé que cela pourrait constituer le sujet d'une journée d'étude. Et voilè le thème : les discriminations.

Mais ne pas circonscrire le thème un peu plus allait nous emmener vers une semaine d'étude. Réalisme oblige, nous avons restreint le sujet aux discriminations à l'embauche et dans le parcours d'insertion pour raison de nationalité ou d'origine. Nous ne traiterons pas, simplement parce que c'est trop vaste, des autres causes de discrimination, sauf s'il faut les aborder sur le plan historique ou à titre comparatif : beaucoup de luttes ont en effet été initiées par les femmes dans ce domaine. D'autres discriminations mériteraient à elles seules une journée de réflexion : les discriminations à l'égard des handicapés ou des personnes ayant un casier judiciaire par exemple.

Pourquoi avoir invité les intervenants d'aujourd'hui et pas d'autres ? La question me permet de redéfinir ce qu'est pour la FeBISP une journée d'étude : c'est une journée qui se donne pour objectif que tous les participants en sortent avec les éléments nécessaires pour se forger une opinion fondée, loin des prêt-à-penser et des idées toutes faites.
Suzanne Beer et Gabriel Maissin
Suzanne Beer et Gabriel Maissin
Ceci n'est donc pas un colloque.

Si ça l'avait été, nous n'aurions pas manqué d'inviter à cette table les acteurs incontournables que sont les patrons, les syndicats, les opérateurs publics de formation et de placement tels Bruxelles formation, l'ORBEM et le ministre de la formation professionnelle et de l'emploi. Notre option a été comme les années précédentes, d'inviter des chercheurs et des acteurs de terrain.

Qu'est ce qui est en jeu dans le parcours d'insertion ? C'est l'insertion et le parcours. Nous ne sommes pas dans une bulle, toutes les étapes du parcours sont intimement liées : les marchés du travail et de l'emploi déterminent è la fois qui nous allons accueillir dans le parcours (quelles sont les personnes à la recherche d'un emploi) et vers qui ou vers quoi nous allons les guider (quels sont les emplois libres que vont pouvoir occuper les demandeurs d'emploi). Si donc des discriminations existent è l'embauche, il est impensable qu'elles n'aient pas de conséquences sur les étapes précédentes : nous sommes nous aussi touchés par les choix, les stratégies et les politiques pratiquées par les employeurs.

Les patrons ne seraient pas les seuls à discriminer... eux-mêmes d'ailleurs auraient des clients qui? Si nous voulons lutter contre les discriminations, autant bien les connaître et identifier qui les pratique et pourquoi.

Le parcours d'insertion dont nous sommes un maillon est en soi un système de discrimination? positive : nous nous adressons è ceux qui sont les moins diplômés, et les moins qualifiés. C'est de la discrimination, mais positive. On en arrivera donc bien à la question suivante : dans le cadre de ces discriminations positives, trouve-t-on des discriminations (négatives) et è l'égard de quelles catégories de personnes s'exercent-elles ? Autrement dit, y a-t-il parmi les personnes exclues, des personnes encore plus exclues uniquement en raison de leur nationalité ou de leur origine, en plus d'être peu scolarisées et peu qualifiées ? Si oui, la question pour la journée devient simple, c'est "pourquoi ? pour quelles raisons ?".

Le mot discrimination change ainsi complètement de couleur quand il est assorti du signe positif ou négatif, mais les couleurs pourraient se superposer : ça donne è penser que la notion est complexe et qu'elle n'est pas sans histoire : histoire des relations collectives de travail, histoire politique, histoire sociale, peut-être aussi histoire de m?urs et de morale.
La salle de la journée d'étude 2002
La salle de la journée d'étude 2002
C'est par l'histoire que nous allons commencer notre journée, puisque Albert Martens, professeur è la KUL va s'attacher è éclairer le passé des discriminations. Ensuite, Estelle Krzeslo, chercheur à l'Institut de Sociologie de l'ULB tentera d'éclairer la notion aujourd'hui mais pas seulement en Belgique. Après une pause, Stéphane Thys, coordinateur de l'Observatoire du marché du travail et de l'emploi abordera les problèmes qui lient le droit, le politique et les statistiques, car les chiffres ne sont pas neutres, nous aurons encore une fois l'occasion de le vérifier.
Viendra ensuite l'heure du débat, animé par Gabriel Maissin, qui nous permettra d'entendre vos réactions et vos questions.

Nous redémarrerons l'après-midi avec Michel Vanderkam qui nuancera encore la notion de discriminations (nous pénétrerons encore un peu plus dans la complexité) mais qui parlera aussi de ce que fait le Centre pour l'Egalité des Chances en matière de sensibilisation aux discriminations.

Ensuite ce seront 4 personnes issues du terrain qui mettront le doigt, chacune de leur point de vue sur ce qu'elles relèvent de la complexité des discriminations sur le terrain, dans le parcours d'insertion, donc chez nous, dans notre travail è nous. Nous aurons è nouveau droit è un petit café, et ensuite débat sous la houlette de Sylvain Bertrand, coordinateur du Piment avant de laisser le mot de la fin à Christine Kulakowski, directrice du CBAI.

Je vous prierai en son nom d'excuser le sénateur Jean Cornil dans l'impossibilité de se libérer d'une obligation dont il a eu connaissance il y a deux jours. Je remercie donc particulièrement Albert Martens et Michel Vanderkam d'avoir bien voulu, au pied levé, reprendre le sujet que comptait traiter Jean Cornil, à savoir l'arsenal législatif à notre disposition pour lutter contre les discriminations.

Bonne journée à tous.

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