2009 : LES JEUNES BRUXELLOIS AUX KALEIDOSCOPE
Une journée d'étude consacrée aux jeunes Bruxellois ! La FeBISP a relevé ce défi ! Plusieurs intervenants ont abordé les jeunes dans l'enseignement, leur approche de la ville, leur expression politique, leurs caractéristiques ethniques, leur satisfaction au travail, leur perception en tant qu'être de droit et d'obligation, la prise en considération de leur vécu et, enfin, ce que les politiques d'emploi et les syndicats leur offrent. Un vrai kaléidoscope ! Ces différentes facettes se sont succédées à la manière de la vie ou comment un jeune devient adulte.
L'ENSEIGNEMENT A BRUXELLES

C'est ainsi qu'en introduction, quelques extraits du film « L'école de la Providence » de Gérard Prészov, criant de vérité ont été projetés. Ensuite, Donat Carlier, secrétaire de la Commission Consultative Formation Emploi Enseignement (CCFEE) a commenté les chiffres sur les jeunes de la Communauté française dans l'Enseignement francophone en Région de Bruxelles-Capitale.
LES CARTES MENTALES DES JEUNES BRUXELLOIS
Suite à cet exposé éloquent sur l'école comme vecteur de reproduction de l'inégalité sociale, la directrice de l'asbl Samarcande reconnue comme association d'aide à la jeunesse (AMO) nous a approché des jeunes hors de l'école. Une trentaine de jeunes habitant à Anderlecht, Woluwé, Etterbeek ont été questionnés sur l'histoire de leur famille, sur leur journée type en termes de mobilité. Et encore sur la représentation individuelle qu'ils ont de leur environnement, de leur quartier, des espaces de la ville plus ou moins proches d'eux. Cela donne lieu à de véritables cartes mentales dessinées en deux dimensions. Plusieurs tendances ont été dégagées par Madeleine Guyot su le rapport des jeunes à la cité :

- À Anderlecht, la vision des jeunes se traduit au niveau du sol. Ils ne visualisent pas les transports en commun (métro, bus, tram), ils vont de rue en rue. Ils aiment leur quartier, mais ont le projet d'en changer quand ils seront adultes.
- À Woluwé, ils ont une vision « d'en haut » mais ne maîtrisent pas les réseaux de la STIB car ils disposent de parents-taxi.
- À Etterbeek, ils sont plus autonomes. Ils se déplacent pour aller à l'école, empruntent le métro et ont un sentiment plus grand d'insécurité dans la ville, notamment de leur quartier.
Ces différents constats ont permis d'interroger les verrous sociaux et symboliques qui sont à l'œuvre, qui freinent leur accès au capital culturel collectif. Suite à la réalisation de l'étude « Jeunes en ville, Bruxelles à dos ? » (disponible sur le site www.samarcande.be), Samarcande a le projet de favoriser les échanges entre jeunes issus de différents quartiers et (nous l'aurons compris) de différentes couches sociales pour viser en définitive une plus grande mixité sociale.
LA PLACE DES JEUNES DANS LA SOCIETE

La FeBISP voulait donner une place aux jeunes pour parler des jeunes. C'est ainsi que le vice-président du Conseil de la jeunesse a accepté d'être de la partie pour nous présenter ses missions. D'une part : remettre des avis au Conseil de la jeunesse, d'autre part : porter la parole des jeunes sur la place publique. Geoffroy Carly a constaté le manque de lieux ou les jeunes peuvent prendre place, se faire entendre et intervenir sur les différents dispositifs qui les touchent. Or, la question centrale, pour les jeunes, porte sur la possibilité d'exercer un pouvoir sur leur vécu.
Mais encore,... Comment étudier de près la réalité sociale des jeunes et mieux la comprendre ? Quels sont les causes qui produisent des phénomènes de discrimination à l'égard des jeunes ?
LES CARACTERISTIQUES "ETHNIQUES" DES JEUNES A BRUXELLES

Andrea Rea, de l'Université Libre de Bruxelles (U.L.B.) a d'abord rappelé l'interférence du contexte social et politique sur le choix des mots ou des concepts de l'analyse statistique. Aujourd'hui son intention, comme sociologue, n'est ni de stigmatiser ni de valoriser certaines catégories par rapport à d'autres mais bien de se donner des critères précis pour identifier l'origine des personnes en lien avec un contexte donné pour parler de manière explicite des catégories sociales et ethniques.
DROITS ET OBLIGATIONS DES JEUNES

Glissant du vécu social au vécu particulier des familles, Bernard De Vos, délégué général aux droits de l'enfant, a dressé les rapports souvent paradoxaux entre enfants, adolescents, parents, adultes, école... « L'école a été inventée pour les enfants et non pour les adolescents ! ». À quand donc, une réflexion sur les besoins spécifiques des jeunes, confrontés à un monde scolaire rendu difficile par l'inégalité d'accès, la violence, le peu de moyens et d'espoir et le manque de perspective d'emploi ?
Outre le constat récurrent que les conditions de vie des jeunes issus des milieux les plus fragilisés et précaires sont des freins à leur épanouissement et à leur intégration, il a interrogé l'efficience des politiques à l'égard de ce public et, de manière plus générale, la construction de liens entre les jeunes et la société.
LES JEUNES ET LE TRAVAIL

La construction de ce lien passe le plus souvent par l'insertion professionnelle. Patricia Vendramin, directrice de recherche à la Fondation Travail-Université (FTU) a d'ailleurs abordé l'insertion des jeunes qui ont réussi à pénétrer le marché de l'emploi dans une enquête intitulée « Les jeunes, le travail et l'emploi » qui se structure en 5 problématiques : l'expérience de l'emploi et du travail, la perception du travail, les opportunités et les contraintes dans le travail, les préoccupations sociales, le rapport à l'organisation syndicale.
Les jeunes salariés espèrent de leur travail un salaire correct, un « bon » environnement humain, source de développement personnel et de reconnaissance. Si le travail n'est plus la seule dimension importante de la construction identitaire et de l'équilibre existentiel, il reste néanmoins important pour leur épanouissement personnel. La souffrance des jeunes au travail vient principalement d'un manque de reconnaissance.
VISION SYNDICALE DE CE QUE LES POLITIQUES D'EMPLOI OFFRENT AUX JEUNES
Or, si la construction du lien entre la société et les jeunes passe par l'emploi... Celle-ci est aujourd'hui de plus en plus difficile. Les représentants des trois syndicats (Eric Buyssens de la FGTB, Myriam Gérard de la CSC et Philippe Vandenabeele de la CGSLB) ont fait le point sur les politiques d'emploi. Des dispositifs précaires ne donnent pas lieu à une insertion durable ! Le manque d'articulation actuelle entre l'enseignement et l'emploi doit absolument faire l'objet d'un travail de coordination et de collaboration entre les différents acteurs. Le discours des syndicats eux-mêmes, à l'attention des jeunes doit également bouger ! Dans une société capitaliste où la place et la reconnaissance des travailleurs comme êtres de droit, en recherche d'un épanouissement social est de plus en plus problématique, le défi syndicaliste est de taille.
