LES DIX ANS DE LA FeBISP AU PARLEMENT BRUXELLOIS: DISCOURS DE GABRIEL MAISSIN, ADMINISTRATEUR DELEGUE DE LA FeBISP

Gabriel Maissin
Gabriel Maissin

Madame la Ministre,
Monsieur le Ministre,
Mesdames et Messieurs les députés

Mesdames,
Messieurs,

Chers Collègues et Amis,

Au nom de notre fédération, il me revient le privilège de prononcer le traditionnel discours de circonstances. Mais, victimes des circonstances, il nous faut, bien sûr, évoquer le couperet qui est tombé sur l'emploi de milliers de travailleurs à et autour de VW.

Lorsque nous étions réunis pour fêter les dix ans de Bruxelles-Formation, en 2004, c'était sur DHL que planait la menace, en 2001 lors du Colloque «L'insertion au défi de la ville» c'était la faillite de la Sabena qui avait pesé sur nos travaux.

Ainsi, la réalité économique la plus crue se charge de donner, une fois encore, une amère leçon de chose. A ceux qui prétendent qu'il y a des milliers d'emplois disponibles non remplis et qu'un peu de formation suffiraient à régler le problème, à ceux qui pensent que l'emploi est seulement une question de volonté et de qualification, bref à tous ceux qui veulent nier les effets de système. Méditons ces quelques données officielles :

  • le coût salarial dans l'industrie européenne de l'automobile intervient de 6 à 7 % dans les coûts de production !
  • le coût salarial horaire est de 39 ? pour les usines allemandes de VW, de 32 ? pour son usine forestoise !
  • l'entreprise VW a réalisé un bénéfice après impôt de près de 2,4 millions d'euros en 2006 !

Les solutions au sous-emploi chronique sont lourdes et complexes. Ce n'est pas le thème de ce soir. Ayons cependant un peu de modestie face à nos propres faiblesses d'analyses et à nos moyens d'actions dérisoires.

Pour ma part, je crois que les associations d'insertion répondront « présentes », si une participation leur est demandée dans les efforts de reclassement et de reconversion qui devront être entrepris.

La FeBISP

Après cela, j'aurai difficile à vous garantir d'être bref, mais je voudrais vous rassurer et m'engager à ne pas être exhaustif. Car il y aurait tant de choses à dire ? Essayons cependant de ne pas dénaturer l'intention de cette rencontre qui est de partager ensemble un moment de convivialité autour du verre de l'amitié.

J'évacuerai donc de manière cavalière ce que fait la FeBISP : les plus curieux peuvent prendre connaissance via notre site de tous nos rapports et des chantiers qui sont ouverts. Je négligerai aussi de vous parler de la « méthode » FeBISP et de nos outils. Vous trouverez tout cela dans le petit dépliant que l'on vous a remis à l'entrée.

Dans un premier temps, il me semble évident d'évoquer avec vous, ceux qui ont fait et font aujourd'hui « l'insertion » et dont la FeBISP n'est qu'une émanation.

Avant toute chose l'équipe des collaborateurs que j'ai le plaisir de diriger avec notre secrétaire générale, ma collègue, Madame Suzanne Beer. Sans l'appui et les compétences dont font preuve nos collaboratrices(teurs), nous ne pourrions pas assumer les multiples missions qui nous ont été confiées par nos membres.

Ensuite, nos membres.

Que vous dire en quelques mots ? Qu'ils investissent pas mal de temps et de moyens pour que fonctionne leur fédération, qu'ils forment ensemble un véritable dispositif aux services des demandeurs d'emplois et des personnes moins qualifiées :

  • 1.500.000 heures de formation adaptée pour 3400 stagiaires (distincts) et nous espérons bien pouvoir étendre encore cette offre de formation, comme nous le demande Madame la Ministre
  • 12.000 personnes accueillies, orientées et aidées dans leur recherche d'emploi
  • en moins d'un an, 752 emplois crées dans l'économie sociale, dont une bonne part dans des structures qui ont rejoint la FeBISP

Il existe bien, dans notre Région, un véritable dispositif d'insertion, fruit de l'effort professionnel de prés d'un millier de personnes et de l'implication de quelques dizaines de responsables.

MAIS QUI DIT DISPOSITIF, DIT AUSSI PARTENARIAT

Les dix années qui viennent de s'écouler sont riches de rencontres, de réunions, de frictions, de projets, menés avec des institutions et personnes, je pense évidemment à :

  • Notre administration de référence, les services de la COCOF (Mme De Gouy et son équipe). Ici, il convient de souligner que si l'ancrage du dispositif ISP dans l'architecture complexe de la COCOF, via l'agrément prévu par le décret de 1995, lui donne une certaine satbilité, la COCOF n'intervient dans le financement de nos organismes qu'à concurrence de 18 %. Il est parfois difficile de faire admettre notre secteur ? avec ses 800 postes de travail ? à pied d'égalité avec les autres grands secteurs gérés par la COCOF. Nous sommes donc aussi redevable à Agnés De Gouy d'être notre ambassadrice dans le labyrinthe institutionnel pour que notre secteur ne soit pas considéré comme le parent pauvre.
  • BRUFOR (M. Peffer, M. Thommès et l'ensemble de l'équipe partenariale)
  • ORBEM (M. Courthéoux, M. Dujardin et l'équipe du partenariat)
  • L'équipe du FSE (M. Desmedt, Mme Désir)
  • les Cabinets ministériels, (Mme Jerôme et M. Landrin au Cabinet Dupuis) (M.Bastarts, M.Clerbaux, Mme Khersawani au Cabinet Cerexhe) (M. Manchon au Cabinet Picqué)
  • et
  • de nombreux organes de concertation et d'avis comme la Commission Consultative Formation Emploi Enseignement dont je salue les membres en la personne de son président M. Struyf et de sa secrétaire Mme Theunissen
  • ou
  • les plates-formes (économie sociale) et (gestion du marché de l'emploi) liées au Conseil économique et social de la Région, ce qui me permet de saluer les représentants de l'UEB (M. De Keyser, M. Frantzen), de l'UCM (Mme Wehrt) et les organisations syndicales FGTB, (M Van Muylder, M Buyssens), CSC (M. Pluvinage, Mme Gérard) et la CGSLB (M. Vandenabele).

Évidemment, nos missions en tant que fédération d'employeurs ne pourraient être remplies sans notre affiliation à la CESSOC et à la FESEFA. Je salue ici son président M. Andrianne et les directeurs M. Malaisse et M. Demanet. Sans oublier mes tous récents Collègues de la CBENM (M. De Jaer, M. Smets). C'est d'ailleurs la CBENM qui a confié à Christian Kunsh et à moi-même la lourde tâche de représenter les employeurs du non-marchand au Conseil économique et social de la Région.

Je salue aussi nos interlocuteurs syndicaux, de la CNE (Mme Daïdou), du SETCA (Mme Seutin) et de la CGSLB (M. Dufrasne) que nous côtoyons, et avec qui nous travaillons au niveau des diverses instances comme les commissions paritaires, les comités de gestion de nos fonds sectoriels.

En m'arrêtant là, je sais que je suis incomplet car il y aurait à citer bien d'autres personnes et institutions qui partagent avec nous le devenir de notre secteur. Qu'ils me pardonnent ?

QUELQUES PARTENAIRES DE L'ISP

Mais il serait impardonnable que je n'évoque pas ce soir, quelques personnalités qui sont à la base des politiques d'insertion et de l'esprit qui les animent ? Car l'ISP et l'économie sociale n'ont pas démarré il y a dix ans avec la FeBISP, elles sont bien plus anciennes.

Nous leur avons d'ailleurs demandé un petit message pour cet anniversaire, vous aurez l'occasion d'en prendre connaissance dans le montage audio-visuel que nous avons prévu pour la suite.

Bruno Ducoli et Silvana Panciera, qui, aujourd'hui, sont retournés vers leur Italie natale, en nous laissant de véritables fleurons d'associations que sont le CBAI et le Coften (Casi-Uo) et ce message d'espoir lié à l'exercice de notre métier. Ils nous souhaitent d'y rencontrer « ce véritable bonheur de voir s'effacer ? du visage de l'autre - la culpabilité et la fatalité par la vigueur d'une relation pédagogique compétente et solidaire »

Pierre Ansay, aujourd'hui qui prolonge le travail de la COCOF sous les cieux québecois et donc la vision dialectique et la plume aiguisée nous manquent.

Denis Stokking, parcequ'il fut sous le premier gouvernement régional de Charles Picqué, puis au niveau fédéral, un conseiller ministériel attentif à la mise en place d'un dispositif associatif.

Eric Buyssens, directeur de la DRISU (Pierre Ansay ayant collaboré à ce niveau-là aussi) et conseiller du Ministre Eric Tomas, qui a veillé à donner toute sa place aux missions locales et au dispositif d'insertion ? dans une vision d'ensemble du développement urbain.

Je m'attarderai, maintenant qu'il est investi d'autres responsabilités dans un grand syndicat bien connu, sur le fait que si nous avons pu boucler l'accord non-marchand 2001-2005, c'est grâce à sa perspicacité et à de longues heures de réunions ? Sur le moment, ce n'était pas toujours aussi clair, mais avec le recul, ce fut un plaisir.

Marc Thommès, non pas en sa qualité actuelle de dirigeant de l'IBFFP, bien sûr importante pour nous mais parce qu'il fut à la base de textes importants comme le Décret de 1995 reconnaissant l'ISP. Quelques soient les améliorations que l'on pourraient y apporter, nous formulons le v?ux que l'esprit qui animait ce texte soit toujours là.

Et enfin « last but not laste » Alain Leduc et Daniel Fastenaeckel, qui ont voulu se manifester en duo, pour nous rappeler la relation étroite qui doit unir les acteurs associatifs autour d'un projet progressiste basé sur des valeurs d'égalité et de solidarité.
Daniel Fastenaeckel et Alain Leduc sont indépendamment des autres mandats qu'ils assument de véritables acteurs associatifs. Ce n'est ni un hasard s'ils animent ensemble le réseau Lire & Ecrire. Comme ce n'est pas un hasard si la première Mission locale s'implanta en 1986 à Saint Gilles, à l'initiative d'Alain Leduc, qui fut aussi une des fées à se pencher sur le dispositif à l'aube du Décret et de la mise en place de la DRISU.

Et puis, il nous reste à saluer Fred Mawet. Première présidente de la FeBISP et qui impulsa ce projet, malgré le doute des premières heures et le scepticisme de certains. Puisqu'elle nous a quitté en 2004, pour devenir directrice du CIRE, elle a eu le temps comme présidente, comme administratrice et comme membre de façonner le moule dont est issue la FeBISP d'aujourd'hui.

NOS PERSPECTIVES

En abusant de votre patience, je voudrais encore tracer rapidement quatre priorités, quatre lignes de force de notre action future :

UNE AMELIORATION QUALITATIVE DE NOS PARTENARIATS AVEC LES ORGANISMES REGIONAUX DE L'EMPLOI (ORBEM) ET DE LA FORMATION (IBFFP)

Comme le dit Marc Thommès, dans le message qu'il nous a fait parvenir :

« il n'y aura pas de miracle :
? soit nous participons activement à des politiques publiques claires et lisibles pour tous qui, en application notamment du principe d'égalité, se fixent de réelles exigences en termes de qualité ;
? soit nous deviendrons les nouveaux amuseurs publics de « l'éducation et de la formation tout au long de la vie »

Le premier « soit » signifie pour nous partenariat et partenariat signifie avant toute chose, pour nous, un accord entre partie. Un accord marqué par la claire définition des rôles de chacun. L'autorité publique (en l'occurrence nos parastataux en charge de l'emploi et de la formation) ont pour missions de fixer les objectifs, les grands moyens, ?

Si cette mission est conçue à sens unique.  Sans tenir compte de l'avis des partenaires associatifs, sans prendre en compte leurs expertises et surtout sans claire compréhension de la finalité du dispositif (à savoir :  l'insertion sociale et professionnelle de personnes particulièrement fragilisées et éloignées du marché du travail ) alors, nous irions dans une normalisation technocratique, où ceux d'en haut savent toujours mieux que ceux d'en bas ce qu'il y a à faire et comment il faut le faire, ou comment il faut le faire faire ?

Le dispositif ressemblera à un vaste complexe de sous-traitants, sans tonus, sans vision sur le devenir de notre ville-région et de ses habitants les plus démunis. Et l'actualité nous montre ce qu'il advient des sous-traitants ?

Nous voudrions dans ce cadre que soient notamment respectées trois choses :

  • L'immense effort pédagogique réalisé par les centres d'ISP et j'ajoute, ici, l'alphabétisation, pour construire des outils adéquats
  • La nécessité impérieuse de reconnaître - donc de financer et d'accepter dans les programmes - pour tous les stagiaires d'insertion une logique d'éducation permanente, d'ouverture à la citoyenneté,
  • Que l'on ne confonde pas activation et déshumanisation. Certes, on peut faire des efforts pour que le plus possible de demandeurs d'emplois aient conclu un Contrat de projet professionnel. Pour que ce CPP leur donne une bonne feuille de route en termes de mise à niveau de leurs compétences et de recherche d'emploi. Mais, si l'objectif est « de faire du chiffre », que ces CPP sont mal calibrés et surtout s'ils sont vus par les personnes concernées comme un moyen administratif d'écarter les contrôles, ils vont manquer leur cible ? en tout cas pour nos publics.

Nous partageons l'avis des organisations syndicales, relayé dans le Plan pour l'emploi des Bruxellois, que je reformulerai sous forme d'une question : « avons-nous assez de places en formation ? avons-nous assez d'emplois à proposer à l'issue de ces formations ? » Répondre à ces questions, c'est prendre la mesure de la limite que les politiques d'activation ne peuvent franchir sous peine de se muer en dispositif d'exclusion ? un de plus !

UNE IMPLICATION PLUS ACTIVE DANS LA REALISATION DES OBJECTIFS REGIONAUX EN MATIERE D'EMPLOIS

Les temps sont d'une difficulté inouïe, je pense même que nous sous-estimons à la fois la profondeur de la mutation économique en cours avec sa pression sur la protection sociale et ce que l'on appelle pudiquement « la souffrance sociale » qui en découle.

Mais je ne vais pas aventurer sur ce terrain.

Partons de ce qui existe et de la volonté politique affirmée par l'actuel gouvernement dans le C2E et le plan pour l'emploi. Le message que nous avons à faire passer ce soir : nous sommes demandeurs pour que le maximum des chantiers et des mesures incluent chaque fois que possible des partenaires de l'ISP, que lorsque des objectifs sont assignés, une part soit prise en charge par certaines de nos structures. Quelques exemples :

  • Les missions locales sont demandeuses de pouvoir participer à la réussite de l'objectif « des premiers emplois jeunes ». Nous nous réjouissons quand la STIB s'adresse aux Missions locales pour implémenter chez elle de telles mesures? Nous voudrions que cela ne reste pas un cas isolé.
  • Les organismes de formations sont demandeurs d'une meilleure articulation avec les secteurs professionnels pour établir de véritables filières « emploi ? formation »
  • Nous examinerons, à partir du Pacte territorial pour l'emploi, comment nous pouvons contribuer à faire reculer les discriminations à l'embauche et contribuer aux efforts pour « la diversité »

Bref, nous sommes demandeurs qu'on nous demande ?

POURSUIVRE L'IMPULSION DONNEE A L'ECONOMIE SOCIALE D'INSERTION

La première impulsion des structures d'économie sociale a donné des résultats : 752 emplois en moins d'un an. L'essor des services de proximité et des « titres-services » permet de dire que Bruxelles est en train de rattraper son retard.

Mais nous devons être attentif à la dimension « d'insertion » que les structures d'économie sociale fédérées à la FeBISP veulent absolument maintenir. Faire l'effort d'offrir une expérience professionnelle à des personnes implique, que leur soit reconnu aussi un droit à la formation, que les critères visant à la mise à l'emploi des publics fragilisés soient respectés. Cela signifie une prise en compte en terme de réglementation et de moyens.

UNE MOBILISATION DU MONDE ASSOCIATIF BRUXELLOIS DANS LA PERSPECTIVE DU DEBAT INSTITUTIONNEL QUI S'OUVRIRA EN 2007

Nous avons le projet de proposer aux différents réseaux associatifs, je pense bien sûr à nos cousins de Lire & écrire, mais aussi aux fédérations de la santé et du social, à celles de la culture et de la jeunesse ou de la cohésion sociale, ? de réfléchir ensemble au sens de notre engagement associatif en lien avec le statut, le devenir de notre ville-région.

Non que nous voulions nous substituer aux négociateurs institutionnalistes ? nous ne sommes pas fous ? mais bien pour faire entendre une voix d'une part importante de la société civile qui représentent après tout 12 % des emplois de cette région et des services incontournables pour ses habitants.  

Il nous semble que c'est notre devoir de participer à rendre plus présent et donc plus responsable la vie associative ? dans son énorme variété ? dans le débat sur le devenir de notre ville-région.

J'EN AI FINI ?

En conclusion, nous entendons poursuivre notre travail, il y a tant de choses à faire et à imaginer !  Nous voulons les faire :

  • avec les associations, leurs dirigeants, les travailleurs qui sont tous et toutes bien conscients de l'effort à fournir,
  • avec notre fédération, qui a montré qu'elle était une interlocutrice compétente,
  • en un partenariat fort avec les pouvoirs publics compétents et leur administration,
  • avec l'appui des Ministres en charge de ces matières, à qui il revient de donner le cap et les moyens,
  • avec le souci de rendre compte de notre action et de l'usage qui est fait des moyens qui nous sont confiés
  • mais sans perdre en route, les bagages que nous ont légués les fondateurs de l'insertion socioprofessionnelle.

Après cette pause que je vous souhaite agréable, nous repartons pour un tour.

Nous savons que le chemin ne sera pas semé de roses, et que ce monde est encore bien loin de la justice sociale, mais je crois que l'engagement est toujours là. Non pas pour que les « choses bougent », mais pour que les « choses changent ».

Nous avons fait nôtre cette pensée du philosophe allemand Walter Benjamin, qui écrivait aux heures noires du siècle passé :

« Que les choses poursuivent leur cours,
? qu'elles poursuivent leur cours comme elles le font,
voilà la véritable catastrophe de ce siècle ? »

Il n'y a vraiment aucune raison d'avoir la mémoire courte.

Je vous remercie.