APAJ : UN AFT CONSTRUCTION QUI OSE LA CARTE DES FEMMES
Article sur APAJ paru dans la Newsletter du RPE en juin 2007
UN AFT, KECEKECE ?
Pour cette lettre, nous avons décidé de dédier " le zoom sur un partenaire " à un atelier de formation par le travail (AFT). Au sein du dispositif d'insertion socioprofessionnelle, les AFT ont pour spécificité de privilégier la pratique à la théorie. La pierre angulaire de cet apprentissage est le chantier formatif.
Différent d'un stage, le chantier formatif ne prend pas uniquement place en fin de formation, mais durant toute la durée de celle-ci. Contrairement au stage, il ne sert pas à évaluer les acquis de chacun mais à intégrer les compétences apprises. De plus, le stage s'inscrit dans une démarche individuelle, tandis que les chantiers s'inscrivent dans une démarche collective. Il est également différent d'un travail réel car les stagiaires y sont épaulés et suivis. Progressivement, chantiers après chantiers, chacun gagne en autonomie. Par ailleurs, les commanditaires prennent en compte les caractéristiques des stagiaires qui ont au plus obtenu le diplôme d'humanité inférieur. Les CPAS, les asbl, les entreprises, les privés, bref, tout le monde peut faire appel à eux. Néanmoins, ils doivent être conscients d'engager des personnes en formation. L'AFT en question remet un devis et s'il est accepté : au boulot tout le monde !
J'ai donc pris mon appareil photo, mon bic, mon carnet de notes et je suis partie à Schaerbeek rencontrer APAJ, un AFT classe chantier. L'asbl APAJ existe depuis 30 ans mais c'est seulement depuis 1996 qu'elle est devenue un AFT en rénovations légères et finitions décoratives. Elle a actuellement une action pour trois groupes de formations modulaires d'un an. Elle accueille 22 stagiaires en réservant +/- 30% de sa place à des personnes en semi-détention ou en surveillance électronique. Néanmoins, la grande particularité d'APAJ est d'avoir ouvert depuis 1999 une classe chantier aux femmes. C'est le seul à Bruxelles. APAJ accueille deux classes de six hommes chacune et une classe de dix femmes en orientation finitions décoratives.
APAJ : ENTRE LA CONSTRUCTION ET L'ART
En entrant chez APAJ, la première chose qui vous frappe, ce sont les locaux. Il s'agit d'une magnifique maison de maître entièrement restaurée par les stagiaires. Ensuite, la force de caractère avec laquelle Anne Verhelst, la directrice, mène sa barque, et la motivation et l'amour des formateurs pour ce qu'ils accomplissent quotidiennement. Mais ce qui vous bluffe complètement, ce sont les réalisations des stagiaires. J'y ai vu des murs bien droits, des boîtiers électriques discrets, de chaleureuses installations de châssis, etc. Bref, toutes ces choses qui font que nos maisons sont si douillettes. Par ailleurs, les cours de rénovations légères du bâtiment et finitions décoratives ouverts aux femmes approfondissent les techniques spéciales de peinture. J'ai trouvé chez APAJ de véritables oeuvres d'art. Je me suis baladée dans les ateliers et les locaux entre trompe-l'oeil, faux marbres, faux bois, effets décoratifs et imitations texturées. Le tout dans des ambiances et des couleurs chatoyantes (les photos sont disponibles sur le site de la FeBISP). Ces femmes sont parvenues à accomplir un véritable travail artistique de précision, de création et de professionnelles.
Je ne sais pas comment les formateurs parviennent à sortir d'aussi belles choses de personnes qui se débattent entre les soucis de logement, les enfants malades, le manque de place dans les crèches pour les demandeurs d'emploi, le manque d'argent, le manque de diplôme, etc. (L'insertion 70 revient sur le parcours du public des OISP). Je leur tire mon chapeau ! En alliant la pédagogie, la compréhension, l'écoute, la rigueur, les cours théoriques, les réunions, la formation continuée du personnel, les stages et les chantiers, APAJ révèle à ses stagiaires ce dont ils sont capables. Néanmoins, au bout du chemin, les discriminations à l'embauche sont encore trop souvent au rendez-vous. Les préjugés ont la peau durent et la vie longue ?
LES CHANTIERS FORMATIFS, TOUTE LA DIFFERENCE
Si l'asbl peine parfois à trouver de véritables lieux de stage chez des employeurs qui veulent réellement transmettre un savoir-faire, l'AFT s'emploi à développer un réseau d'entreprises au sein desquelles les stagiaires peuvent développer et acquérir de nouvelles compétences professionnelles et ainsi, gagner en autonomie.
En 2006, APAJ a remis vingt-cinq devis. Douze ont été acceptés par " les clients ", dont six ont été effectués par le groupe des femmes. Un des chantiers était très important. Il a duré cinq mois avec des délais très précis. Tous les stagiaires y ont participé afin de terminer dans les temps. Anne nous confie que la tâche fut ardue mais enrichissante. Les stagiaires ont pu tester leur endurance, leur adaptation à un travail plus vaste dont l'organisation était plus complexe et leur capacité à résister à une pression particulièrement forte au niveau des délais. Néanmoins, même sur ce type de chantier, l'APAJ veille toujours à l'aspect pédagogique et formatif d'une telle réalisation. En effet, si un chantier n'est pas source d'apprentissage pour les stagiaires, la direction peut être amenée à refuser sa réalisation et proposera au client de s'orienter vers un indépendant professionnel.
Au fil de la formation, notre AFT prépare les stagiaires aux grandes attentes d'un employeur. Il ne s'agit pas seulement de savoir-faire, il y a également un volet savoir-être. Graduellement, APAJ apprend à ses stagiaires à être ponctuel, à maîtriser leur agressivité, à venir travailler sobre, à toujours utiliser leurs chaussures de protection, etc. Si les stagiaires ne comprennent pas directement l'importance de cet apprentissage, cette rigueur prend tout son sens durant le stage final réalisé au sein d'une vraie équipe de travail et en présence d'un employeur.
APAJ apprend aux stagiaires, d'une part, à connaître et exploiter leurs talents, et d'autre part, à rester rigoureux et réguliers dans leur travail. C'est certain, en sortant de là, les stagiaires sont plus forts pour se lancer à l'assaut du marché de l'emploi.
L'AVENIR SERA ECOLOGIQUE OU NE SERA PAS
Anne Verhelst a encore de nombreux tours dans sa boîte à outil. Lorsqu'elle entend parler d'avenir, elle sourit et répond qu'elle souhaite que l'APAJ soit un des tout premier centre bruxellois à se lancer dans l'aventure de l'éco-construction. Le but étant que les stagiaires de l'APAJ aient en main une formation que peu de personnes ont actuellement, cela leur permettraient de faire la différence sur le marché de l'emploi. Tout un programme !
Et si vous avez des travaux chez vous, je vous conseille de faire appel à eux et de laisser ces stagiaires acquérir et prouver leurs compétences professionnelles? Vous ne serez pas déçus !
