LE PUBLIC DE L'INSERTION SOCIOPROFESSIONNELLE

l'ISP offre une seconde chance aux demandeurs d'emploi peu qualifiés... Mais ont-ils eut réellement une première chance?

Les «vrais stagiaires » comme on dit « les vraies gens » sont bien d'origine pauvres, peu diplômés, ou qualifiés, sujets de discriminations à l'embauche et désireux de prendre une revanche sur leur absence de scolarité ou leurs échecs scolaires, mais ils sont aussi et surtout intelligents, courageux, désireux de travailler, de réussir leur vie en Belgique, et d'assurer un meilleur avenir à leurs enfants.

« J'ai arrêté mes études en 1982 au RWANDA. Je n'ai pas d'équivalence reconnue pour mon diplôme d'institutrice. J'ai fréquenté 1 école  pendant mon parcours scolaire (du primaire au secondaire). Pour suivre ma formation actuelle, j'ai passé des tests d'entrée. J'ai été orientée par la Mission Locale de Schaerbeek. J'ai dû attendre 1 mois avant de commencer la formation. Après ma formation au CEFOR, je souhaite trouver un emploi. »
 .

LE PUBLIC EN CHIFFRE

Les caractéristiques du public ISP                                                           Source : Rapports annuels 2006 - 2007 de Bruxelles Formation.
Les caractéristiques du public ISP Source : Rapports annuels 2006 - 2007 de Bruxelles Formation.

Tel qu'indiqué dans le Rapport annuel de Bruxelles Formation en 2007, les OISP s'adressent à un public majoritairement :

  • féminin (58,0 %) ;
  • belge (47,9 %) ;
  • entre 25-34 ans (40,1 %) ;
  • qui dispose au maximum du CESI (23,9 %).

Nous pouvons conclure de ces chiffres que la plupart des personnes qui suivent une formation en ISP est peu allé à l'école. Par ailleurs, les OISP constate quotidiennement que la représentation de l'apprentissage y est négative : a été fortement imprégnée par un modèle d'enseignement qui emploie des méthodologies directives, peu participatives où apprendre a signifié « restituer par coeur un savoir », où l'évaluation a été rarement formative et où la relation enseignant/élève le plaçait dans un rôle passif.

Une petite moitié du public ISP est belge ; on peut supposer dès lors son passage par l'Enseignement de la Communauté française. Un petit tiers a moins de 25 ans. Les jeunes présents dans le dispositif ISP ont le plus souvent suivi des filières techniques, professionnelles ou en alternance. Quelques-uns ont fréquenté l'enseignement spécial. L'absence de construction du projet scolaire est caractéristique.

Une autre part du public (entre autres : primo-arrivant) présente des difficultés d'apprentissage ou d'insertion dans un groupe. Ces différences se marquent dans la manière d'apprendre et/ou de se comporter dans un groupe. On peut parler d'inadéquation entre le savoir-être attendu dans un groupe de formation et le comportement du stagiaire.

SE FORMER POUR DE NOUVELLES PERSPECTIVES... MAIS PAS SEULEMENT

Stagiaires au Cefor
Stagiaires au Cefor
Je suis né en 1986. J'ai arrêté mes études en 2000-2001. J'ai étudié à Waterloo, en Belgique. J'ai fréquenté 4 écoles différentes pendant mon parcours scolaire (du primaire au secondaire), jusqu'en 3ème année du secondaire. J'ai voulu suivre une autre formation à partir de 2005. Pour suivre cette formation, j'ai passé des tests d'entrée. Je n'ai pas été accepté dans ce centre de formation car il n'y avait pas de place. Je me suis inscrit dans 4 centres de formation différents. J'ai été orienté par ARPAIJE, un centre de formation. J'ai dû attendre 1 jour avant de commencer la formation de base à FOR.ET. Après ma formation, je souhaite suivre une autre formation dans le même centre de formation en AFT cuisine et je souhaite trouver un emploi.
 .

Les motivations des stagiaires varient selon leurs situations et leurs projets de vie. Les opérateurs ISP doivent faire le « grand écart » entre les stagiaires qui :

  • Se présentent de manière volontaire ;
  • Ont signé un Contrat de Projet Professionnel (CPP) ;
  • Doivent trouver dans l'urgence un emploi ;
  • Envisagent de construire leur parcours de formation à plus long terme.

Pour quelqu'uns, se former signifie se donner de nouvelles perspectives de vie après un divorce, un deuil, la perte d'un emploi... Certaines femmes ont vécu dans des structures familiales qui les ont isolées par rapport à la société. Elles se retrouvent seules, sans diplôme, sans revenus, et sans expérience « officielle », après avoir aidé leur mari ou compagnon indépendant, après avoir consacré leur temps à s'occuper des enfants, après avoir été soumises à un mari ou à des parents qui les ont empêchées de se former.

Néanmoins, le demandeur d'emploi est sujet à des pressions de plus en plus fortes venant des pouvoirs publics : il peut être amené à choisir « par dépit, par obligation », à s'inscrire à tout prix en formation. Suivre une formation professionnelle est même obligatoire pour les ex-détenus dans le cadre d'une liberté conditionnelle ou encore dans le cas de jeunes placés en maison de correction.

Le public va s'orienter en fonction de ses motivations et/ou de ses obligations ainsi que de la marge qui existe entre son projet professionnel, son profil de qualification initial et de l'offre de formation existante. Son projet professionnel peut être clair, réaliste et alors il se forme en vue d'atteindre son objectif, sinon il le clarifie au fil de sa formation grâce à un accompagnement (guidance) et à l'acquisition de compétences sociales, transversales et techniques.

Notons également qu'une majorité des stagiaires n'a pas cherché à reprendre des études ; une minorité n'y est pas parvenue en raison de difficultés personnelles, familiales ou financières ; quelques-uns ont déjà suivi une formation professionnelle chez un opérateur de formation ISP. Rares sont ceux qui ont déjà bénéficié d'une formation professionnelle chez un autre opérateur de formation ou dans le cadre professionnel (formation continuée).

LE MANQUE D'EXPERIENCE PROFESSIONNELLE

J. (masculin) formation bureautique, 44 ans, célibataire
J'ai arrêté mes études en 1980 avec un diplôme de secondaire inférieur en installateur électricien. J'ai travaillé de longues années dans différents secteurs. Avant d'entamer la formation au Coften, j'ai fait un module de détermination professionnelle à la Mission Locale de Forest puis une pré-formation en bureautique de la mi-octobre au début décembre 2005. Après cette pré-formation, je me suis inscrit dans trois centres, j'ai passé les tests d'entrée et j'ai été accepté dans les trois. J'ai choisi le Coften. Mon but maintenant est de trouver un travail le plus vite possible et de reprendre des cours du soir mais cumulés au travail.
 .

L'expérience professionnelle varie selon l'implantation géographique de l'entreprise, le secteur d'activités, la taille de l'entreprise et le/les métier(s) exercé(s) auparavant. La plus grande part du public ISP est sans expérience professionnelle. Une petite partie a exercé un métier qui n'existe pas sur le marché de l'emploi bruxellois ou a dû se réorienter suite à des problèmes de santé ou encore pour des raisons personnelles (par exemple des horaires incompatibles avec une vie de famille). Rares sont les personnes ayant travaillé pendant de longues périodes comme salariés au sein d'une ou de plusieurs entreprises et qui cherchent à se réorienter professionnellement.

LE MANQUE D'ESTIME DE SOI

Stagiaire chez Idée 53
Stagiaire chez Idée 53

Au niveau du profil psychosiocial des stagiaires, une partie évolue dans un cadre communautaire ou familial qui l'entoure, néanmoins, le public ISP vit en marge de la société et connaît mal les codes sociaux. Il se dévalorise et a peu d'estime de soi. Il n'a pas confiance en son potentiel et n'a pas conscience des compétences qu'il mobilise quotidiennement et qui peuvent être utiles à l'exercice d'un métier. Il a souvent une perception très limitée des contraintes et des compétences exigées pour reprendre des études ou pour exercer une profession donnée et, à terme, maintenir un emploi durable.

Le public peu qualifié est souvent issu d'un milieu modeste, où les parents n'ont souvent pas été scolarisés, parfois eux-mêmes chômeurs de longue durée. Sa représentation du travail et de l'apprentissage est négative.

Il est relativement peu autonome en formation comme dans son parcours d'insertion et véhicule une image dévalorisée de lui-même. Il éprouve des difficultés à s'informer et/ou à s'adresser aux lieux ressources qui pourraient au mieux l'aider. Il vit fréquemment des situations administratives et/ou de précarité économique qui entravent sa démarche de formation.

LE REVENU DES DEMANDEURS D'EMPLOI

Le montant des allocations varie selon le statut, la situation familiale des stagiaires (chef de ménage, isolé, co-habitant) et selon le temps d'inoccupation ainsi que des organismes qui allouent le dit revenu. D'après les OISP, le nombre de stagiaires émergeant au CPAS augmente d'année en année. Actuellement, près de 40% sont au CPAS  et 40% sont chômeurs complets indemnisés. Selon nos estimations près de 40% ont moins de 10 mois d'inoccupation, 30% ont plus de 2 ans d'inoccupation, 25% ont entre 10 mois et 2 ans d'inoccupation. Globalement, un écart important de revenus existe entre les personnes CCI et celles qui émargent au CPAS. Mais si les allocataires d'un revenu d'intégration ou d'une aide sociale bénéficient d'un revenu moins élevé, ils ont accès à d'autres avantages tels le remboursement des frais de crèche (lorsqu'ils ont une place) ou la gratuité de l'abonnement mensuel auprès de STIB...

Les montants de juillet 2006 s'élèvent en moyenne pour :

  • Un chef de ménage CCI à € 970,58 par mois et à € 834,14 par mois au CPAS.
  • Un isolé CCI à € 855,4 par mois et à € 625 par mois au CPAS.
  • Les co-habitants CCI disposent, en fonction des trois périodes de référence, d'une moyenne de € 600 par mois et dans tous les cas de € 417,07 par mois au CPAS.

CONDITIONS DE VIE DE PLUS EN PLUS PRECAIRES

Stagiaire d'APAJ
Stagiaire d'APAJ
Lorsque les revenus des ménages sont limités - et c'est le cas des personnes bénéficiant d'un revenu de remplacement - il est de plus en plus difficile de faire face aux besoins courants : le loyer et l'énergie domestique, la nourriture, les soins de santé, les transports, les frais scolaires,... L'augmentation des prix à la consommation dépasse généralement la progression des revenus, surtout pour les personnes les plus faibles. Le crédit offre un pouvoir d'achat dont ces personnes ne bénéficient pas mais c'est aussi considéré comme un moyen de ré-équilibrer facticement un budget trop étroit.
 .

Le public ISP (niveau d'études et genre) n'a pas beaucoup changé depuis la création du dispositif, mais il connaît des conditions de vie de plus en plus précaires. Il cumule difficultés sociales, difficultés personnelles et/ou familiales.  Le chômage ou l'aide sociale s'accompagne de difficultés d'accès aux soins, au logement, aux crèches (trop peu nombreuses, trop chères), etc.  

  • Il vit des problème de santé, d'assuétude (alcool, drogue,...), de famille (divorce, violence conjugale), de garde d'enfants.
  • Il a également des difficultés administratives liées à son statut (réfugié, art. 6, détenu en semi-liberté, allocataires des indemnités d'intégration).
  • Il n'est pas rare que l'un ou l'autre n'ait pas de quoi s'alimenter, se soigner, se loger et cela s'explique notamment par des revenus insuffisants.

L'ensemble de ces facteurs met en péril l'apprentissage et le parcours de formation des stagiaires. Les niveaux de revenus influencent directement les parcours de formation et d'insertion. Les conditions de précarité des stagiaires peuvent être de véritables obstacles à l'apprentissage et/ou au processus de formation. Vu les difficultés socio-économiques que le public ISP rencontre, « son esprit » est moins disponible à la concentration et à l'apprentissage. Notons que les conclusions du rapport PISA 2003 (voir annexe) confirment que des conditions socio-économiques difficiles sont les principaux freins à la réussite des parcours de formation des élèves dans l'Enseignement.

VICTIMES DE DISCRIMINATION A L'EMBAUCHE

Stagiaires à Interface 3
Stagiaires à Interface 3
M, Belge, 35 ans.
Je suis arrivé du Niger en Belgique il y a 16 ans. J'ai cherché du travail tout de suite. On m'a dit qu'il fallait que j'apprenne le français, j'ai appris le français en cours du soir. On m'a dit qu'il fallait se faire régulariser, je me suis fait régulariser. On m'a dit qu'il fallait que j'apprenne un métier, j'ai fait des formations de plombier et d'électricien en cours du soir. J'ai réussi brillamment. Je travaillais sur chantiers et changeais régulièrement de boulot, en fonction de mes nouvelles qualifications. Mon dernier employeur ne me payait pas comme mes autres collègues. Après quelques mois, je lui ai demandé pourquoi. Il m'a dit qu'il allait me donner un rendez-vous pour en discuter. J'ai attendu, attendu. Mes collègues me mettaient en garde : « si tu demandes ça, tu seras viré ». Je leur répondais : « Ce que je veux c'est avoir les mêmes droits que vous. Je m'en fous d'être viré ». Mon chef d'équipe avait toujours été très content de mon travail, mais j'ai quand même reçu mon préavis. J'aime mon métier, je veux être reconnu. Maintenant, je veux devenir indépendant.
 .

"On parle de discrimination lorsque la différence de traitement est directement fondée sur le sexe, une prétendue race, la couleur, l'ascendance, l'origine nationale ou ethnique, l'orientation sexuelle, l'état civil, la naissance, la fortune, l'âge, la conviction religieuse ou philosophique, l'état de santé actuel ou futur, un handicap ou une caractéristique physique."

Le public ISP est majoritairement victime de discrimination à l'embauche. La différence de traitement est directement fondée sur le sexe, une prétendue race, la couleur, l'ascendance, l'origine nationale ou ethnique, l'orientation sexuelle, l'état civil, la naissance, la fortune, l'âge, la conviction religieuse ou philosophique, l'état de santé actuel ou futur, un handicap ou une caractéristique physique. Les OISP sont attentifs à combattre ces phénomènes de discrimination :

  1. Lors de la sélection de leur public ;
  2. En augmentant la prise de conscience de leurs publics sur les situations qu'ils vivent.

VERS L'AUTONOMIE

Stagiaires et formateur au Coften
Stagiaires et formateur au Coften
J'ai eu le soutien et l'encouragement de mes formateurs. J'ai eu cette chance d'avoir pu suivre cette formation, d'avoir été bien encadrée par des formateurs aimant transmettre leur savoir. Je n'ai jamais baissé les bras, malgré la difficulté. Ce fut une expérience très enrichissante, inoubliable mais également et surtout humaine ! Certains de mes formateurs me resteront en mémoire. Grâce à eux, j'en sors grandie et pleine de courage pour mon avenir futur. Je les remercie chaleureusement de m'avoir épaulée et soutenue.

Les parcours d'insertion et/ou de formation se construisent au gré des contraintes de vie, des compétences professionnelles, du profil du demandeur d'emploi et des opportunités qui s'offrent à lui. Les parcours ne sont pas linéaires ! La géométrie variable des parcours demande un travail constant d'interaction entre l'offre et la demande de formation et d'emploi, les exigences du marché de l'emploi et la situation sociale et professionnelle des stagiaires.

Les OISP soulignent le besoin d'un parcours d'insertion où le choix individuel du stagiaire reste dominant.» La pluralité des parcours de vie et des parcours d'insertion du public ISP est une richesse et un défi pour les OISP. Pour répondre à la variété des besoins, des cultures, des situations, il s'agit de trouver des outils adéquats, de développer une pédagogie qui propose une dynamique constructive individuelle et collective. Il s'agit de garder sa souplesse, de reconnaître le droit du public ISP à :

  • Etre acteur de sa démarche.
  • Construire son parcours d'insertion et de formation selon ses priorités de formation ou de recherche d'emploi.
  • Fixer ses priorités en termes d'objectifs professionnels quel que soit son niveau de qualification. Un stagiaire analphabète dans le dispositif ISP est avant tout un chercheur d'emploi.
  • Progresser dans son parcours de formation selon son rythme d'apprentissage et ses choix individuels.

POUR EN SAVOIR PLUS

pdf L'INSERTION 70 - Les parcours multiformes du public des OISP (1891KB)Cet article est largement tiré du dossier de L'insertion 70