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LES DEFIS DU CHOMAGE ET DE LA QUALIFICATION EN REGION DE BRUXELLES CAPITALE

Cet article traite d'une question que nombre d'entre vous connaissent probablement que trop bien ! Mais les constats qu'il pose sur le profil des demandeurs d'emploi en Région de Bruxelles-Capitale constituent la base de la politique d'insertion socioprofessionnelle. C'est pourquoi, il s'agit également du préambule du dossier de ce numéro consacré au memorandum de la FeBISP pour les prochaines élections.

Jonathan Lesceux

Le chômage en Région bruxelloise... reste massif !

À l'heure de bilans électoraux, la première question qu'on peut se poser est de savoir si le chômage a baissé au cours de la législature ! A cette question complexe, le taux de chômage BIT1 en Région bruxelloise apportement une réponse positive ... mais vraiment très légèrement positive ! En effet, le taux de chômage BIT passe de 15,7% à 15,2%2 sur la période 2004-2008 soit un « frémissement » de 0,5 point ! Mais, les effets de la crise économique et financière devraient malheureusement aggraver la situation en 2009.

Toutefois, cette baisse plus que modeste ne doit pas faire oublier la triste vérité : la situation du chômage en Région bruxelloise reste très mauvaise ! En effet, la Région soutient difficilement la comparaison avec les « performances » de la Belgique et de l'Union Européenne puisque le taux de chômage y reste deux fois supérieur à la moyenne !

Il touche sévèrement les jeunes...

Pour les jeunes, une légère baisse a également été enregistrée au cours de cette législature : le taux de chômage BIT des moins de 25 ans a diminué de 1 point (de 31,7% en 2004 à 30,7% au premier semestre 2008). Mais encore une fois, cette modeste évolution ne doit pas faire oublier que le taux de chômage des jeunes à Bruxelles est deux fois plus élevé que les moyennes belge et européenne.

... les personnes peu qualifiées

Près de 90% des demandeurs d'emploi peu qualifiés n'ont pas de diplôme de l'enseignement supérieur.6 Cette situation est à mettre en parallèle avec le faible niveau de qualification d'une partie importante de la population bruxelloise. En effet, alors qu'au niveau de la Belgique, « seulement » 17% des jeunes de 20 à 24 ans n'ont pas obtenu de diplôme de l'enseignement secondaire supérieur en 2007, cette proportion monte à 28% en Région bruxelloise !7

Dans une région où le marché du travail est particulièrement exigeant en termes de qualification

Outre la question de l'insuffisance du nombre d'offres d'emploi en Région bruxelloise par rapport au nombre de demandeurs d'emploi (17802 offres reçues par Actiris en 2007 pour 93672 demandeurs d'emploi inoccupés, soit plus de cinq fois moins), le niveau de  qualification demandé par les employeurs à Bruxelles est bien plus élevé que celui des demandeurs d'emploi ! En effet, plus d'un tiers des offres s'adressent aux personnes possédant un diplôme de l'enseignement supérieur alors que ces personnes ne représentent que 13% du nombre de demandeurs d'emploi.

Le niveau de qualification de la population active occupée en Région bruxelloise a également de quoi laisser perplexe tant il est éloigné de celui de la plupart des demandeurs d'emploi bruxellois ! En effet, la moitié des bruxellois qui ont un travail, possèdent un diplôme de l'enseignement supérieur et près d'un tiers, un diplôme de l'enseignement universitaire (ce qui est plus de deux fois supérieur à la moyenne belge).8

La nécessité d'une politique d'insertion socioprofessionnelle forte à Bruxelles

Le chômage en Région bruxelloise est plus élevé qu'ailleurs en Belgique et en Europe ! Il touche particulièrement les jeunes et les peu qualifiés qui sont plus nombreux dans notre région. Ces personnes sont très peu « outillées » pour faire face aux exigences du marché du travail bruxellois qui requiert un niveau de qualification très élevé pour s'insérer.

Au vu de ces constats, la lutte contre le chômage en Région bruxelloise nécessite probablement plus que dans d'autres régions, une politique d'insertion socioprofessionnelle forte qui cible spécifiquement les demandeurs d'emploi peu qualifiés, jeunes en particulier.

Cette politique d'insertion socioprofessionnelle passe obligatoirement par le soutien, d'une part, aux organismes d'insertion socioprofessionnelle qui forment, accompagnent et insèrent les demandeurs d'emploi peu qualifiés et, d'autre part, aux acteurs d'économie sociale d'insertion qui créent de l'emploi pour ce même public !

Notes de bas de page:

1
Le taux de chômage BIT mesure la proportion entre le nombre de chômeurs au sens du BIT (personnes de 15 ans, sans travail, à la recherche active d'un emploi et disponibles pour commencer à travailler dans un délai de deux semaines) et la population active.

2
Statistiques régionales publiées par Eurostat ; communiqué de presse du 26 novembre 2008 du SPF économie.

3
Indicateurs à court terme publiés par Eurostat ; communiqué de presse du 26 novembre 2008 du SPF économie.

4 Indicateur statistique 2008 de l'Institut Bruxellois de Statistique et d'Analyse.

5
SPF économie, enquête sur les forces de travail ; communiqué de presse du 26 novembre 2008 ; indicateurs à court terme publiés par Eurostat et chiffres pour le premier semestre 2008.

6
Néanmoins, certaines personnes possédant un diplôme de l'enseignement supérieur sont reprises dans la catégorie « autres » faute de reconnaissance de leur diplôme dans notre pays.

7
R. Janssens, D. Carlier, P. Van de Craen, L'enseignement à Bruxelles, note de synthèse n°5 des Etats Généraux de Bruxelles.

8 Indicateur statistique 2008 de l'Institut Bruxellois de Statistique et d'Analyse