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POURQUOI ÇA NE COLLE PLUS ENTRE LES JEUNES ET L'ISP ? LE DIAGNOSTIC DE LA COMMISSION ZONALE !

Le taux de chômage des jeunes en Région bruxelloise bat tous les records : 35,3%. Ce taux est largement supérieur à la moyenne belge et européenne !

Ce constat interpelle toujours les Missions Locales de Schaerbeek, de St-Josse et leurs partenaires. Suite à une première concertation zonale organisée en juin 2008 interrogeant les perspectives des jeunes et de l'emploi, le comité organisateur zonale de la zone Nord-Est a choisi de consacrer à nouveau trois journées entières à cette thématique.
L'objectif de cet atelier visait à rassembler les partenaires de la zone qui travaillent avec un public jeune et peu qualifié afin d'analyser, sous plusieurs angles, la participation ou non de ce public aux activités d'insertion socioprofessionnelle qui lui sont proposées.

Autour de la table : les OISP et la FeBISP (opérateurs d'alphabétisation, de formation par le travail, de formation qualifiante), les cellules jeunes et cellules ISP des CPAS, des éducateurs de Maisons de jeunes, une école de promotion sociale, les associations « Aide en milieu ouvert à Schaerbeek » (AMOS) et « Promotion de l'emploi (RAE) », JEEP (Jeunes Ecole Emploi... Tout un programme) qui rencontrent ce public. Trois partenaires institutionnels étaient aussi représentés : la Commission communautaire française (COCOF), Actiris et Bruxelles Formation et, enfin, deux jeunes « stagiaires en formation ».

Suite à un appel au Bureau d'Ingénierie et de Formation (BIEF), Cécile Majchrzak, experte en animation de séminaire participatif et en gestion de projets, a animé l'atelier à partir de la méthode GCP (gestion du cycle de projet) plus connue en Belgique sous le nom PIPO (Planification des Interventions Par Objectif).

Cette méthode d'analyse participative d'une situation existante part des problèmes tels qu'ils sont vécus et exprimés par les différentes parties, à savoir, toutes les catégories d'acteurs concernés par le projet.

C'est avec un certain amusement que le groupe a vu arriver sur les murs des consignes strictes en vue de cadrer ses interventions. Tout d'abord, deux devises primordiales : « Ne pas avoir peur du ridicule » et « Ne pas juger les interventions ». Et enfin, trois codes de couleur : des cartons blancs lorsqu'ils décrivent un problème, jaunes lorsqu'ils correspondent à une contrainte et verts lorsqu'ils apportent une solution.

L'ISP grimpe à l'arbre des solutions

L'organisation de ce séminaire GCP a suivi une logique rigoureuse menée en plusieurs étapes.

Etape 1 : chaque participant a dû proposer 3 problèmes liés à la problématique (rédigés sur des cartons blancs à partir d'une forme simple moyennant un sujet, un verbe, un complément). Ce premier exercice a déjà permis de révéler des problèmes spécifiques selon les niveaux d'intervention des acteurs, qu'ils soient institutionnels ou en contact avec les réalités du terrain.

Etape 2 : pour trier les cartons, les participants ont été amenés à faire ressortir les relations de cause à effet entre les différents problèmes énoncés (ex : C'est parce que X..., que Y...). Et de constater que, dans certains cas, il s'agissait non pas de problèmes à résoudre mais de contraintes liées aux contextes politico-socioéconomiques, sur lesquels les acteurs ISP n'ont que peu d'emprise voire pas du tout (ex : le taux d'échec scolaire est élevé chez les 15-18 ans).

Premier résultat de l'atelier: les cartons blancs ont tous trouvé une place sur le mur, dans un lien de cause à effet, formant un véritable arbre à problèmes. Plusieurs tendances majeures se sont dégagées de ce premier exercice : la mauvaise perception de l'ISP par les jeunes, l'inefficacité des moyens mis en œuvre par les acteurs par rapport aux résultats obtenus en termes de communication,...

Etape 3 : l'arbre à problèmes a dû devenir l'arbre à solutions... En pratique, chaque carton a dû être positivé. La logique étant une relation de moyens à fins. Cette démarche permet de décrire la situation qui devrait être atteinte après la résolution idéale des problèmes. La phrase logique à utiliser pour la lecture de l'arbre est : « Si je mets en place X..., alors j'atteins Y... ». Ainsi, le carton blanc mentionnant un problème « Les jeunes ne viennent pas aux séances d'information » fut reformulé positivement ; il est devenu un carton vert (une solution, un but à atteindre) « Les jeunes viennent aux séances d'information ». 47 items ont ainsi été reformulés de façon positive.

Deuxième résultat de l'atelier : un consensus a été trouvé sur des objectifs clairs et réalistes à atteindre correspondant à la résolution des différents problèmes.

Etape 4 : le groupe a eu le temps d'oublier son arbre à solutions et c'est avec un regard neuf qu'il a réexaminé son travail. L'oeil critique, il a réinterrogé l'organigramme (l'arbre à solutions) pour y repérer autant de sous-structures que nécessaire.

Troisième résultat de l'atelier : 4 objectifs spécifiques (voir tableaux ci-contre) ont été repérés. Chaque objectif spécifique a ensuite été analysé en sous-groupe en fonction des affinités des participants, avant de les soumettre à l'ensemble du groupe.

Etape 5 : Après avoir identifié les problèmes et les solutions, le groupe doit prioriser les solutions qu'il veut mettre en œuvre, imaginer comment les déployer en activités en mesurant d'éventuels risques potentiels tout en les relativisant par rapport à leur impact plus ou moins élevé.

En se quittant à l'issue de l'étape 5, le groupe s'est accordé pour poursuivre sa réflexion sur les 4 objectifs spécifiques : les stratégies communication/promotion/valorisation et lien.
Alors que cette méthode a mobilisé les méninges d'une trentaine de participants, tous se sont accordés sur un objectif primordial à poursuivre : que « les jeunes peu qualifiés viennent au sein des organismes ISP, s'y inscrivent et restent motivés tout au long de leur formation et/ou de leur parcours ».

En effet, l'arbre à problèmes a démontré que l'énergie déployée par les acteurs ISP ne donne pas les résultats attendus.

Un diagnostic fouillé

6 causes principales expliquent cette situation :

- Les activités proposées ne répondent pas aux attentes des moins de 25 ans ;
- Les moyens dont disposent les OISP ne leur permettent pas de mener leurs missions à bien à l'égard de ce public ;
- Les jeunes ne viennent pas aux séances d'information ;
- Les jeunes ne s'inscrivent pas dans un processus ISP ;
- Les jeunes ne participent pas aux activités qui leur sont proposées ;
- Les jeunes sont démotivés en cours d'activité.

8 contraintes ont été dégagées :

- Les parents ne s'impliquent pas dans les projets de vie des jeunes ;
- Le taux d'échec scolaire est élevé chez les 15 à 18 ans ;
- Les jeunes vivent des échecs multiples ;
- La situation sociale des jeunes est instable ;
- Leur situation financière est précaire ;
- Les jeunes préfèrent gérer leur première expérience professionnelle de manière autonome ;
- Après l'obligation scolaire, le jeune refuse toute nouvelle structure imposée ;
- Il n'y a pas de garantie d'emploi à l'issue de l'action suivie.

Certaines difficultés des jeunes, directement liées à ces contraintes, sont liées à leurs attentes « parfois frustrées » et à leur vision pessimiste de l'avenir :

- Les jeunes n'ont pas de projet à long terme ;
- Les jeunes viennent pour répondre à des exigences administratives sans le projet de s'engager dans un parcours ISP ;
- Les jeunes ne se projettent pas dans l'avenir ;
- Les jeunes n'ont pas confiance en eux ;
- Les jeunes rejettent le cadre dans lequel ils s'inscrivent ou sont inscrits ;
- Les jeunes scolarisés sont peu préparés au monde du travail ;
- La représentation qu'ils se font du travail est peu attractive dans un contexte de chômage où le travail qui leur est proposé est souvent précaire ;
- Les jeunes ne sont pas souvent valorisés dans le monde du travail où ils représentent une charge ;
- Les jeunes veulent travailler tout de suite sans s'engager dans un processus ISP  en raison de leurs difficultés socioéconomiques.

Au contraire, certaines difficultés touchent directement aux relations entre les acteurs de l'insertion socioprofessionnelle et les jeunes peu qualifiés et représentent plus que jamais des défis à relever.

- Les acteurs ISP ne se connaissent pas entre eux ;
- Les acteurs ISP oublient parfois de s'ouvrir au public avec lequel ils travaillent ;
- Les acteurs ISP ne connaissent pas les moins de 25 ans et inversement ;
- Les acteurs ISP ne sont pas connus au sein des établissements scolaires ;
- Les acteurs ISP n'identifient pas clairement les besoins des moins de 25 ans ;
- L'information ne passe pas ;
- Le discours des acteurs ISP n'est pas adapté au public concerné ;
- Les jeunes ne connaissent pas les activités qui leurs sont proposées ;
- Les activités proposées ne répondent pas aux attentes des moins de 25 ans ;
- Les jeunes éprouvent des difficultés à s'orienter parmi les activités proposées ;
- La perception de l'ISP par les jeunes est plus liée à l'échec qu'à la progression ;
- Les acteurs ISP et les jeunes ne partagent pas la même temporalité ;
- Les acteurs ISP et les jeunes n'ont pas la même perception du projet ;
- Les jeunes ne s'approprient pas le sens de ses activités dans le cadre ISP ;
- Les jeunes doutent de l'efficacité (utilité/adéquation) des activités / formations ;
- Les acteurs ISP ont des difficultés à favoriser la persévérance des jeunes.
- La plupart de ces constats interrogent le cadre institutionnel qui régit les différentes actions proposées aux jeunes peu qualifiés. Ainsi, le groupe pense que :
- Il existe une incohérence entre la vision stratégique des pouvoirs publics et les réalités opérationnelles du terrain ;
- L'offre de formation n'est pas appropriée (temps d'attente, nombre, fréquence, nature des actions, accès et niveaux de prérequis) ;
- Tous les secteurs d'activité professionnelle ne sont pas représentés dans l'offre de formation ;
- Il est difficile de trouver un lieu de stage ;
- Les attestations ISP de validation des acquis ne sont pas reconnues.

Qu'en pensez-vous? Comment conclure face à cette flopée de problèmes encore non résolus... Nous vous invitons à construire votre propre arbre à solutions et à nous en faire part.