aller au contenu

SOMMAIRE DE L'INSERTION 109

 .

Une insertion réussie, c’est quoi ?
Pour répondre à cette question, j’ai fait comme tout le monde et j’ai « googlelisé » le terme réussir. J’ai déniché des centaines de définitions du succès. J’ai trouvé des centaines de méthodes pour réussir sa vie professionnelle ou privée. Certains disent même que si, à 50 ans, on n'a pas de Rolex, on a raté sa vie. Je n’en suis pas convaincue.
Je me suis rendue compte que ce n’était pas évident pour moi de parler de réussite. Je crois que je ne l’ai pas souvent côtoyée. Du moins dans son assertion la plus courante. Petite, j’étais dernière de classe. Le préfet me remettait mon bulletin sans un regard et sans un mot.
Il les avait tous utilisés pour féliciter les premiers et, arrivé à moi, il ne lui restait plus rien à donner. En secondaire, j’ai changé cinq fois d’école. J’ai assisté à d’innombrables réunions de parents d’élèves. Des professeurs ou des préfets conseillaient l’enseignement professionnel : « Vous comprenez, elle n’ira jamais à l’université ». Et mes parents, obstinés, insistaient avec leur accent rigolo : « Elle doublera,
mais elle fera des études ». Alors pour moi, la réussite, c’était de faire des études. J’ai eu des professeurs désespérés qui m’assenaient des « continue ainsi et tu n’arriveras nulle part ». Je regardais les autres enfants en me demandant où ils pouvaient bien tous aller. Ça avait l’air chouette. Je tentais de faire autrement, mais je n’y parvenais pas. Je butais sur l’orthographe. Cent fois, je réécrivais les mots, mais ils finissaient toujours par s’échapper de ma mémoire. J’ai grandi en imaginant que l’avenir, ce serait « moi mais en pire ». Heureusement, j’ai aussi eu des professeurs qui m’ont réparée. Il y a eu cette institutrice qui m'a dit : « Ce n’est pas l’orthographe qui importe, c’est ce que tu écris ». Il y a eu ce prof de math qui à la fin de ma rétho m'a dit : « Tu feras ce que tu voudras ». En me souriant « rien n’est joué, rien n’est
écrit », ils m’ont ouvert le futur. Il y a quelques années, j’ai lu le délicat Chagrin d’école dans lequel Daniel Pennac écrit : « Tout le mal qu’on dit de l’école nous cache le nombre d’enfants qu’elle a sauvé ». Pas sans mal, bien sûr, car « si l’on guérit parfois de la cancrerie, on ne cicatrise jamais tout à fait des blessures qu’elle nous infligea ». Réussir, ce n’est pas de ne jamais tomber. C’est de pouvoir se relever. A chaque fois. C’est sans doute sur nos plus grandes blessures que nous construisons nos succès les plus précieux.
Personne ne se relève en regardant un avenir bouché, tout au mieux, on y traîne les pieds. L’insertion réussie c’est celle qui donne le souffle nécessaire à ceux qui sont tombés pour qu’ils se relèvent. Ceux que l’école publique n’a pas su sauver. Ceux qui sont boudés par les entreprises. Pour cela, il est nécessaire de faire comprendre à tous « pas d’affolement, rien ne se passe comme prévu, c’est la seule chose que nous apprend le futur en devenant le passé ».

Tatiana Vanessa Vial Grösser
Directrice adjointe de la FeBISP