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SOMMAIRE DE L'INSERTION 116

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Migrants

Ces derniers mois, nous avons vu une mise en avant de la politique migratoire belge, européenne et même mondiale. En travaillant dans le secteur de l’insertion et étant moi-même issue de l’immigration, ce phénomène m’a interpelée.
Le déploiement de la solidarité du « parc Maximilien » avec la mise en place d’une plateforme d’hébergement pour les migrants m’a particulièrement interrogée. Plusieurs de mes amis et surtout amies font partie du mouvement. Et pourtant, lorsque je leur parlais des politiques d’activation et du contrôle des chômeurs, des diminutions des allocations de chômage, de la désindustrialisation, du manque d’emploi pour les personnes peu qualifiées, etc ; personne n’avait l’air de se sentir vraiment concerné… Pas grand chose non plus, lorsque j’insistais sur le fait que le choix d’augmenter la pression sur les travailleurs, en particulier les plus précaires, était établi à l’échelle des institutions européennes. Avec l’accord de tous
les gouvernements nationaux…
Et pourtant les migrants, oui : aller les chercher, communiquer dans une autre langue, faire les lits, mettre des draps neufs, prêter les clés, les laisser seuls à la maison, faire des courses, laver les draps, etc. Cela demande des implications pratiques beaucoup plus chronophage qu’une manifestation de temps à autre ! Et là, oui, déferlement sur les réseaux
sociaux… des relations qui se créent, des amitiés qui se nouent, … Est-ce un mouvement de solidarité ? Est-ce un mouvement politique ? Est-ce que cela marque un nouvel intérêt pour les questions politiques ? Ou au contraire, cela marque-t-il un désintérêt ? Est-ce que cela signale une prise de possession de ces questions par les citoyens ou au contraire un aveu d’impuissance ? Quels sont les rapports de force à l’intérieur du mouvement ? Quels sont les lieux de tentions et comment sont-ils gérés ? Il est étonnant que de nombreux citoyens, auprès desquels les difficultés des personnes peu qualifiées ou chômeurs de longue durée ne suscitaient que peu d’attendrissement, soient si impliqués dans cet autre drame. N’avons-nous pas collectivement intégré que le système scolaire et académique fait réellement triompher les meilleurs d’entre nous et écarte les moins bons ? Ne croyons-nous pas que notre société fonctionne objectivement grâce à des tests et qu’elle fait ainsi émerger les plus intelligents, les plus ardus, les plus travailleurs. N’avons-nous pas collectivement intériorisé que les éduqués du supérieur sont meilleurs que ceux qui ne le sont pas ?
Ce mouvement de solidarité, magnifique, qui s’étend en dehors de nos frontières et qui ne parvient pas à s’ancrer au sein de l’espace régional, national ou européen n’est-il pas le signe d’une acceptation de l’inégalité entre les individus sur base des diplômes de chacun ?


Tatiana Vanessa Vial Grösser
Directrice-adjointe de la FeBISP